Affaire Shafia

Le déroulement des événements

Quatre femmes, dont trois très jeunes, qui périssent dans l’écluse de Kingston Mills, le 30 juin 2009. Trois membres de leur famille, dont le père et la mère, qui sont mis en accusation pour leurs meurtres. Des bribes troublantes d’information sur la vie cachée de la famille Shafia. Et toutes les inconnues de cette équation tragique, au-delà des conjectures et des idées reçues… voilà quelques-uns des ingrédients qui expliquent la fascination qu’exerce le procès Shafia.

Avec le journaliste Yanik Dumont-Baron

Les 10 membres de la famille Shafia quittent l’Afghanistan en 1992. Ils vivent au Pakistan et à Dubaï, et tentent d’émigrer en Nouvelle-Zélande et en Australie. En 2007, le père, Mohammad, la mère, Tooba Yahya et leurs sept enfants immigrent à Montréal. La première épouse de Mohammad, Rona Amir, arrive au Canada au début de novembre de la même année.

Le 30 juin 2009, le corps de Rona, 53 ans, est retrouvé dans une voiture submergée au fond d’un canal, juste au nord de Kingston. Trois des enfants de la famille Shafia, des filles, sont également à bord : Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, et Geeti, 13 ans.

Tooba, Mohammad et leur fils Hamed sont accusés de les avoir tuées.

Cette chronologie des derniers mois de la vie des quatre victimes est basée sur les éléments de preuves présentés par la Couronne. Les trois accusés ont plaidé non coupables et ont toujours parlé d’un tragique accident pour expliquer les événements.

2009

17 avril : Zainab, l’aînée des enfants des Shafia, s’enfuit dans un centre pour femmes en difficultés. Elle y reste deux semaines.Sa fuite amène les policiers de Montréal à questionner les autres enfants de la famille à leur domicile. En l’absence du père, certains enfants parlent de violence, d’agression. Et lorsque le père revient au domicile, les enfants cessent de parler.

20 avril : La Direction de la protection de la jeunesse et les policiers rencontrent de nouveau les enfants. Geeti demande à être placée en foyer d’accueil. Les autorités ferment le dossier. Aucun des enfants n’est retiré des soins de Mohammad et Tooba.

Zainab Shafia
Photo: fournie par la CourZainab

1er mai : Zainab quitte le refuge pour femmes et rentre de son plein gré au domicile familial. Ce retour coïncide avec celui du père, Mohammad, qui rentre de Dubaï.

18 mai : Zainab se marie avec son ami de coeur. Son identité ne peut être dévoilée en raison d’un ordre du tribunal.

19 mai : La famille de l’époux de Zainab ne se présente pas pour célébrer l’union qui a lieu dans un restaurant. Le mariage est annulé à la demande de la famille de Zainab. Le jour même, des plans sont faits pour que Zainab épouse un des cousins de sa mère.

1er juin : Hamed arrive à Dubaï; son père, Mohammad, y est déjà.

3 juin : L’ordinateur de Mohammad est utilisé par Hamed pour faire des recherches Internet. La phrase « Can a prisoner have control over their real estate » (« Est-ce qu’un détenu peut administrer ses biens immobiliers? ») est inscrite dans Google.

5 juin : L’une des soeurs, Sahar, affirme à son professeur avoir peur de son père, qui doit rentrer sous peu au Québec. L’enseignant appelle la DPJ.

13 juin : Le père et le fils rentrent ensemble de Dubaï à Montréal

15 juin : L’ordinateur de Mohammad est utilisé par Hamed. Les mots « Facts and documentaries on murders » (« Faits et documentaires sur des meurtres ») sont inscrits dans Google.

Geeti Shafia
Photo: fournie par la CourGeeti

20 juin : L’ordinateur de Mohammad est de nouveau utilisé par Hamed. La phrase « Where to commit a murder » (« Où commettre un meurtre ») est entrée dans Google. Un relais de téléphone cellulaire enregistre l’appel téléphonique de Hamed à Mont-Laurier, 3 h au nord-ouest de Montréal.

22 juin : Mohammad achète à 5000 $ une Nissan Sentra noire 2004 usagée. Cette voiture sera retrouvée dans le canal une semaine plus tard.

23 juin : La famille Shafia au complet quitte Montréal en voiture. Elle voyage à bord de deux véhicules, une Lexus grise et la Nissan Sentra achetée la veille.

24 juin : La famille est en Ontario. Elle passe du temps à Kingston. Un relais de téléphone cellulaire enregistre l’appel téléphonique de Sahar à environ 1300 m des écluses de Kingston Mills Locks, où la voiture sera retrouvée.

25 juin : Selon les données de relais de téléphones cellulaires, la famille arrive à Niagara Falls.

27 juin : En soirée, le cellulaire de Hamed est enregistré près des écluses de Kingston.

28 juin : Selon les données des cellulaires, Hamed est à Welland, non loin de Niagara Falls.

Rona et Sahar
Photo: fournie par la CourRona et Sahar

29 juin : Les dix quittent le Days Inn de Niagara Falls en soirée, selon les données de relais de téléphones cellulaires. Ils sont à l’ouest de Toronto vers 23 heures, puis à Belleville juste après minuit. Vers 1 h 36, le cellulaire de Sahar reçoit un message texte relayé par le relais le plus proche des écluses, celui de Station Road.

À 1 h 50, Hamed et son père Mohammad prennent des chambres au Kingston Motel East, non loin des écluses.

30 juin, vers 8 h : Hamed est à Montréal, où il rapporte une collision avec la Lexus qu’il conduisait. Vers 9 h, la Nissan Sentra est aperçue au fond de l’écluse. On ne sait pas encore que quatre corps se trouvent à bord. Vers 12 h, Mohammad tente d’obtenir un rabais en payant comptant pour une seconde nuit au Kingston Motel East.12 h 30 : Shafia, Tooba et Hamed se rendent au poste de police de Kingston pour signaler la disparition des quatre femmes. Ils laissent les autres enfants dans un Tim Hortons non loin de là. Personne n’a appelé le 911.

Les trois sont interrogés par les policiers.

1er juillet : Les policiers de Kingston vont chez les Shafia à Montréal. Ils inspectent la Lexus avec le consentement de son propriétaire.

La voiture Nissan de la famille Shafia retrouvée au fond du canal Rideau le 30 juin 2009
La voiture Nissan de la famille Shafia retrouvée au fond du canal Rideau le 30 juin 2009

2 juillet : Une autopsie est effectuée sur les quatre victimes. Aucun rapport n’est rendu public. Au début du procès, la Couronne indique que la noyade est la cause du décès, mais qu’on ne sait pas à quel endroit les victimes sont mortes. Aucune trace de drogue incapacitante n’a été trouvée dans les corps.

3 juillet : Mohammad et sa deuxième femme, Tooba, pleurent la disparition des quatre proches devant les médias à leur domicile de Montréal

5 juillet : Les quatre femmes sont enterrées dans un cimetière islamique de Laval.

9 juillet : Le Centre des sciences judiciaires confirme que des fragments de plastique retrouvés sur les lieux d’une collision à Montréal vont avec des fragments prélevés près des écluses de Kingston Mills.

10 juillet : Les enquêteurs obtiennent un mandat pour saisir la Lexus des Shafia à leur domicile de Saint-Léonard.

18 juillet : Hamed, Tooba et Mohammad retournent à Kingston, à la demande de la police. Les policiers installent des micros dans l’un des véhicules des Shafia lors d’une visite au poste de police de Kingston. Les enquêteurs retournent près du canal avec les Shafia et prétendent découvrir la présence d’une caméra vidéo. En fait, la caméra vient d’être installée par les policiers dans l’espoir de susciter des discussions entre les suspects.

19 juillet : Dans une conversation clandestine, Mohammad dit à sa deuxième femme : « If we remain alive one night or one year, we have no tension in our hearts, [thinking that] our daughter is in the arms of this or that boy, in the arms of this or that man. God curse their graduation! Curse of God on both of them, on their kind. God’s curse on them for generation![unintelligible] May the Devil shit on their graves! Is that what a daughter should be? Would [a daughter] be such a whore? »

Notre traduction : « Si nous restons encore en vie une nuit ou un an, nous n’avons plus aucun poids sur le coeur [à penser que] notre fille est dans les bras de tel ou tel garçon, dans les bras de tel ou tel homme. Que Dieu maudisse leur diplôme. Que Dieu les maudisse à tous les deux, et à leur espèce […] Que le diable chie sur leurs tombes! Est-ce bien comme ça que devrait être une fille? Est-ce qu’une fille devrait être une putain? »

Mohammad Shafia n'a démontré aucune émotion après avoir appris que ses trois filles et sa première épouse avaient été retrouvées noyées dans un véhicule au fond de l'écluse de Kingston Mills, en Ontario, le 30 juin 2009.
Mohammad Shafia n’a démontré aucune émotion après avoir appris que ses trois filles et sa première épouse avaient été retrouvées noyées dans un véhicule au fond de l’écluse de Kingston Mills, en Ontario, le 30 juin 2009.

20 juillet : Dans une autre conversation clandestine, Mohammad dit à sa femme, Tooba : « No, Tooba, they messed up. There was no other way ».

Notre traduction : « Non, Tooba, ils ont tout fichu en l’air. Il n’y avait aucun autre moyen. »

Plus tard, il ajoute:

“No, Tooba, they were treacherous. They were treacherous. They betrayed both themselves and us. Like this woman standing on the side of the road and if you stop the car, she would go with you anywhere. For the love of God, Tooba, damnation on this life of ours, on these years of life that we lead! When I tell you to be patient, you tell me that it is hard. It isn’t harder than watching them every hour with boy-friends. For this reason, whenever I see those pictures, I am consoled. I say to myself « you did well. » Would they come back to life a hundred times, for you to do the same again ». That is how hurt I am. Tooba, they betrayed us immensely. They violated us immensely. There can be no betrayal, no treachery, no violation more than this.”

Notre traduction : « Non Tooba, elles ont été traîtres, elles ont été traîtres. Elles se sont trahies elles-mêmes et nous ont trahis à nous. Comme une femme au bord de la route, qui irait n’importe où avec toi si tu arrêtais la voiture. Pour l’amour de Dieu, Tooba, maudite soit notre vie, maudites soient toutes les années de cette vie que nous avons menée! Quand je te dis de patienter, tu me dis que c’est dur. Ce n’est pas plus dur que de les voir à toute heure avec des petits amis. Rien que pour ça, quand je vois ces photos, je me sens soulagé. Je me dis à moi-même : « tu as bien fait. Si elles revenaient à la vie cent fois, tu aurais le devoir de faire la même chose ». Voilà à quel point je souffre. Tooba, elles nous ont énormément trahis. Elles nous ont énormément bafoués. Il n’y a pas pire trahison, ni pire traîtrise, ni pire outrage que cela. »

Quelques instants plus tard, Mohammad poursuit : « They committed treason themselves. It was all treason, they committed treason from beginning to the end. They betrayed humankind, they betrayed Islam, they betrayed our religion and creed, they betrayed our tradition, they betrayed everything. »

Notre traduction : « Elles se sont trahies elles-mêmes. Ce n’était que trahison, elles sont coupables de trahison du début à la fin. Elles ont trahi la race humaine, elles ont trahi l’islam, elles ont trahi notre religion et nos principes, elles ont trahi nos traditions, elles ont tout trahi. »

Arbre généalogique de la famille Shafia

Quelle est votre interprétation de ce dossier d’actualité: L’Affaire Shafia ?

Comportements et Valeurs

Notre comportement devient modifié et nos agissements peuvent ajouter à la suspicion. Il peut  rester qu’un outil supplémentaire soit une rencontre et un examen polygraphique. Il ne faut pas laisser de cote la discussion franche entre les parties, et les conseils d’aviseurs professionnels.

Il ne faut pas oublier qu’un examen est fait avec le consentement du sujet. Toutes les questions seront préparées avec ce dernier et avec son accord. Ceci afin de rassurer le sujet véridique et stimuler celui qui a l’intention de persévérer dans le mensonge.

J’aimerais savoir selon ce que vous en savez et surtout en accord avec vos valeurs personnelles.

La réalité d’un examen polygraphique

L’instrument (polygraphe) enregistre des réactions psychophysiologiques, donc qui proviennent

Du système nerveux involontaire du sujet. Des réactions que personne ne peut contrôler (rythme cardiaque, rythme respiratoire, sudation etc.) La prémice de base est que personne ne peut se te mentir à soi-même!  Donc ceci crée une crainte chez cet individu, l’anticipation du dévoilement  de la vérité à un tiers .Cet état amplifie les réactions et permet au polygraphiste d’évaluer les graphiques obtenus lors de l’examen.Les valeurs de chaque être humain sont grandement et majoritairement transmises par plusieurs facteurs. Le premier étant notre entourage familial, notre éducation, notre comportement, nos émotions.

Lorsque le mensonge est utilisé il y a une création  d’une zone de doute qui s’inscrit et s’installe la crainte que la vérité soit connue.

Avons-nous besoin de nous justifier, d’expliquer, de nuancer et autres. Si votre réponse est oui et bien pourquoi?

Il est difficile pour qui que ce soit de supporter les doutes, les regards suspicieux, le climat de méfiance.